Les notes égrenées de la kora parsèment les temps originels, prémisses affirmées qui ancrent l’ouverture de la compile en terres mandingues, éclosion douce dans le sillon de l’héritage. Sur le fleuve Sénégal, les premiers rythmes ricochent, enveloppent l’art aux inflexions mbalax de Rahmane Diallo. Le flux musical remonte ensuite les terres rouges du Mali, s’électrise sous la caresse vocale et dénudée de Mamou Sidibé, berce la révolte apaisée du bluesman Baba Salah, chemine sur l’expérimentation jazzy de l’homme-orchestre Ahmed Fofana. De riches déclinaisons d’un courant indivisible qui s’alimente du folk opulent d’Alassane Sy, des pérégrinations lancinantes d’Alou Sangaré, ou d’une ballade d’Iba Diabaté. à la huitième piste, le soleil rayonne fort dans le ciel africain, inonde la galette des positives vibes du reggae : les riddims acérés, efficaces et généreux du Camerounais Jahman Eselem précèdent le swing politico- sexy de LIB Queen. En clôture, les incursions béninoises (la salsa de Michel Pinheiro), et ghanéennes incitent aux déhanchés furieux. L’ highlife et son cousin « hiplife » dévoilent des artistes groovys, bombes torrides aux transes implacables, tels Sherifa Gunu, Bradez ou encore Rose Dede Tetteh.
D’un éclectisme vivace et exigeant, cette excellente compile émane du label éthique « Akwaaba » (« Bienvenue » en langue ashanti du Ghana), dont le combat repose sur ce constat : une majorité d’artistes africains ne franchit pas les frontières du continent. Un tel album mutualise donc les énergies, et projette les sons par-delà les océans avec une rémunération équitable (un partage des revenus 50/50).
Si l’ombre tutélaire de l’histoire, des traditions, des pères et des géants – Toumani Diabaté, Ali Farka Touré, Youssou N’Dour, Baaba Maal, Tiken Jah Fakoly – continuent d’imprimer l’esprit des successeurs, l’exploration d’une nouvelle Afrique musicale et d’un paysage prolixe dessine de nouveaux pas, qui résonnent aujourd’hui jusqu’à nos oreilles. Du bonheur.